11 octobre 1863

« 11 octobre 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 221], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7240, page consultée le 07 mai 2026.

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Je te guettais, mon cher petit homme, je viens de te voir, je suis contente, je t’aime, tu me parais en bon état, je suis heureuse, je t’adore. Il m’a semblé que tu me quittais un peu SOMMAIREMENT hier au soir, mais je vous pardonne à la condition que vous aurez passé une bonne nuit et que vous me sourirez un peu plus que du bout des lèvres quand je vous verrai tantôt. Jusque-là je vais me dépêcher de copier toutes les lettres que tu m’as données hier au soir. Je ne suis pas de force à juger de l’importance des objections que les deux CITOYENS KESTL. et GUÉR.1 t’ont faites hier au sujet de ta lettre à Louis Blanc2 mais d’instinct je la trouve absolument parfaite depuis le premier mot jusqu’au dernier. Tu me diras que cela ne prouve rien, AU CONTRAIRE, et je suis [illis.] et je te donne mon impression pour ce qu’elle vaut, ni plus, ni moins, voilà. À propos d’opinion, je crois que le ciel éprouve le besoin de se sécher et qu’il va faire beau toute la journée au moins. Si tu veux que nous en profitions tantôt je serai trop heureuse de m’accrocher à ton cher petit bras et de faire plusieurs passus mille avec toi. J’ai écrit hier aux Bretons, je leur ai fait, autant que je le pouvais, les objections qui peuvent détourner ma sœur de venir maintenant, à moins que ce ne soit chez elle un parti pris3. Quand même dans ce cas-là elle est prévenue qu’elle couchera chez Mlle Leboutillier, comme la première fois qu’elle est venue. Cela dit, l’embarras et l’encombrement seront très peu de chose pour nous si elle s’obstine à venir À PRÉSENT. J’ai demandé la femme de chambre tout de suite et j’ai eu soin de renouveler dans le plus grand et le plus précis détail toutes les conditions de son engagement avec moi. Maintenant, au petit bonheur, comme on dit au jeu des macarons4. Pourvu que tu m’aimes et que tu ne sois plus tourmenté, mon pauvre grand adoré, je me soucie peu du reste. En attendant, je te baise depuis tout jusqu’à tout et je t’adore de même.

Juliette


Notes

1 Kesler et Guérin.

2 Le 3 septembre Louis Blanc a demandé à Victor Hugo de faire partie du comité chargé d’élever un monument à Shakespeare (voir CFL, t. XII, p. 1228-1229.)

3 Voir la lettre que Juliette Drouet écrit le même jour à sa sœur Renée : Lettres familiales, édition Gérard Pouchain, lettre 66, p. 158-159.

4 À élucider.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.

  • 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
  • 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
  • 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
  • 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.